La renaissance d’Orsay
di // pubblicato il 17 Novembre, 2011
Le musée d’Orsay, inauguré le 1e décembre 1986, fête cette année ses 25 ans. Cet anniversaire est l’occasion d’une vaste réflexion sur les axes de développement de l’institution.
Guy Cogeval, directeur du musée depuis 2008, est à l’origine de transformations ambitieuses, qui permettent de porter un nouveau regard sur les peintres qui ont contribué à faire de Paris le centre du monde culturel au XIXe.
Le projet initial, qui était simplement d’ouvrir et aménager le pavillon Amont – jusqu’ici inutilisé – s’est peu à peu développé, pour donner lieu à une restructuration générale des espaces du musée. De l’ancien Orsay, il ne reste en effet aujourd’hui plus que la nef centrale.

Dans le sillage du MOMA du New York, les musées du XXe siècle adoptèrent tous pour installer leurs tableaux des fonds blancs. « Étrange évolution, dit Cogeval, quand on songe aux premiers musées et à leur polychromie inspirée, le plus souvent, des réalisations romaines et pompéiennes. » Pour lui au contraire, « le blanc tue toute peinture, en dehors de l'art du XXe siècle et de l'art contemporain. Lorsque vous placez une peinture académique ou impressionniste sur un fond blanc, le rayonnement du blanc, son halo d'indétermination autour de l'oeuvre empêche la révélation des contrastes de valeur, parfois si subtils. Le blanc est l'ennemi de la peinture, à mon avis. »
A son arrivée, il a donc mis en place une politique visant à reprendre à neuf la présentation des œuvres qui, rompant avec l’uniformité jusqu’ici de mise, mettrait en valeur la singularité des œuvres. Car comme il l’explique encore, « Un tableau de Courbet ou une toile de Manet exigent d’autres fonds que la peinture impressionniste à la fois plus claire et plus cursive. »

Pour ceux qui connaissaient le musée avant les travaux, c’est surtout la métamorphose de la galerie des impressionnistes du 5e étage qui est frappante. Jusqu’ici on ne pouvait guère l’appeler que laide, avec ses sols de carrelage gris-marron et ses parois tout aussi ternes. De plus la lumière naturelle, parfois trop aggressive, empêchait la pleine expression des nuances de la peinture.
L’architecte Jean-Michel Wilmotte, en charge des travaux dans cette section, a été particulièrement minutieux dans la résolution de ces problèmes. Son travail a consisté surtout à ne pas gêner la perception des très subtiles variations de couleurs qui sont le propre de l’impressionnisme. Le parquet sombre, et les murs recouverts d’un gris délicat, qui « change de couleur selon la lumière – parfois gris-vert, parfois rouge-gris » et que l’architecte a baptisé « gris-vivant », permettent de mettre en valeur les infimes raffinements de chaque tableau.
Mais on a aussi mené une importante réflexion sur la lumière. La lumière de la verrière est à présent filtrée par des couches de verre-brisé, et les toiles sont éclairées individuellement par une combinaison d’halogènes et de diodes de nouvelle génération. Avec cet éclairage maîtrisé on retrouve efin le projet de Monet, de faire de « le personnage principal du tableau. »
Enfin les Water Block de l’artiste japonais Tokujin Yoshioka remplacent avantageusement les volumineux bancs de bois qui occupaient auparavant les salles, et créent une résonance bienvenue avec l’eau si présente dans les tableaux de la galerie.

Le second aspect majeur de cette rénovation concerne le parcours à travers les œuvres. Guy Cogeval a voulu « imprimer un rythme différent à la présentation, tout en respectant les "écoles" et les grandes personnalités artistiques. Faire émerger plus de sens et introduire des problématiques plus stimulantes. » Le but avoué est de rendre la présentation plus « polyphonique » et les catégories « moins sûres d'elles-mêmes. »
Le pavillon Amont, réalisé par Dominique Brard et l’Atelier de Lille, est une pièce essentielle de ce dispositif visant à créer des résonances nouvelles et à faire osciller les frontières. Au niveau 2, on retrouve face à face les toiles et le mobilier des nabis, initiative qui permet de se projeter comme jamais dans le monde qui est dépeint. Au niveau 5 sont exposées pour la première fois des pièces de design contemporain dont certaines semblent sorties tout droit des toiles de Matisse ou Bonnard.
Le nouveau parcours permet aussi, ce qui n’est pas un moindre détail pour qui vient voir les œuvres, de mieux répartir les flux de visiteur dans l’ensemble du musée. On évitera donc les déplorables embouteillages qu’on rencontrait souvent au 5e étage.

Les autres éléments majeurs du nouvel Orsay sont l’espace d’expositions temporaires, et le nouveau Café.
Le premier remplace l’ancienne salle des colonnes, et accueillera à partir de février prochain des expositions, certes moins importantes que celles de la salle principale, mais qui permettront au public de découvrir des aspects méconnus de l’art du XIXe.
Le second, la restauration du Café de l’horloge, confiée aux frères Campana, participe de l’entrée du design contemporain au musée, qui à l’avenir y occupera une place croissante.

Après l’ouverture le 20 octobre de ces nouveaux espaces, les travaux se prolongeront jusqu’en 2015.